Intervenant sur les formations OPRP depuis un certain nombre d’année maintenant, Louis a animé récemment un module pierre sèche sur Embrun. Nous profitions d’une pause alors que les étudiants sont en train de dresser un mur à proximité d’un bâtiment du Gabion pour aborder l’artisanat, la transmission des savoirs, le travail de la pierre… Rencontre !

Bonjour Louis, peux-tu nous dire deux mots sur ton métier et ton cheminement professionnel ?
- Je fais de la maçonnerie paysagère donc je travaille dans le domaine de l’aménagement paysager plus que pour le bâtiment si on veut être précis. Je suis salarié de l’association « Une pierre sur l’autre » qui œuvre pour la reconnaissance du bâti paysager vernaculaire (c’est-à-dire avec les matériaux issus du lieu et en autonomie sur le lieu) et l’autoconstruction avec une dimension militante pour la transmission des savoirs.
Et donc, votre spécialité, c’est la pierre sèche, c’est bien ça ?
- En effet, nous réalisons beaucoup de chantiers en restauration et en aménagement historique en pierre sèche : des murs, des murets, des abris, des terrasses de culture. chaque restauration fait l’objet d’une étude précise du lieu et s’il s’agit d’une création, on s’inspire de nos études pour respecter le lieu, son histoire, ses caractéristiques…
Et toi, à titre personnel, d’où t’es venu cette pratique et cette passion ?
- Tradition agricole ou familiale !! Je travaille la pierre sèche depuis que j’ai 7 ans et à titre professionnel depuis une vingtaine d’années disons.
Qu’est-ce qui t’inspire plus précisément dans le travail de la pierre sèche ?
-
Premièrement, il s’agit d’un savoir-faire ancestral avec tout ce que cela implique, ensuite j’aime le fait qu’il s’agisse d’une technique transversale qui concerne plein de métiers : paysagiste, paysan, maçon, mineur dans le temps…. Ça peut concerner beaucoup de monde !
Je travaille seul mais aussi très souvent sur le principe de la passation avec le client. Je fais le chantier avec lui afin qu’il apprenne et puisse être autonome sur la discipline. Avec l’association, nous réalisons pas mal de formation pour des groupes de personnes.
C’est un métier qui a tendance à disparaitre dans son rapport direct avec les matériaux.





Et quel rapport entretiens-tu avec le travail manuel ?
- Justement, la pierre sèche fait appel aux sens. J’insiste beaucoup là-dessus lors des formations. Il n’y a pas que la technique qui compte ! L’appréciation, le feeling et l’esthétisme visuel importent énormément.
Du coup, les questions de construction durables et d’écologie font échos dans ton travail ?
- En effet ! Le travail de la pierre sèche est écologique par définition, par essence même. On utilise les ressources disponibles sur place, on est en autonomie, dans la plupart des cas, on n’utilise pas de machine et donc pas d’électricité. On réalise même souvent le travail de terrassement à la main. On peut difficilement faire plus « écolo » !
« Mes installations sont des optimisations écologiques qui utilisent les matériaux du terrain. »
Et le Gabion, comment est-il arrivé à toi ?
- C’est Alain Richard (de Thoard), un des piliers de l’association, qui m’a mis le pied à l’étrier. Directement pour les formations et c’était il y a 12 ans !…
Quel est ton sentiment sur cette expérience ?
- Franchement, encore aujourd’hui, je suis étonné du nombre d’étudiants qui continuent la pierre sèche après les formations. Quasiment tous ceux qui se mettent à leur compte, l’intègrent à leur « catalogue » de savoir-faire. Par ailleurs, il m’arrive souvent de collaborer avec des anciens stagiaires.



Et toi, à titre personnel, qu’est-ce que cela t’as apporté ?
- J’écris des livres et beaucoup d’articles sur la pierre sèche. Je théorise sur le sujet et mes expériences en formation m’aident énormément pour ce travail d’écriture.
Enfin, peux-tu nous dire deux mots sur la transition énergétique ?
- J’y suis favorable bien sûr mais j’ai cette démarche depuis longtemps ; on travaille à la main, avec la pelle, la pioche… On a fait un choix de travail moins productif mais avec un rapport au monde différent qui offre un équilibre personnel et intellectuel. Il s’agit d’aménagements qu’il est à la mode de définir comme « frugaux ».




Propos recueillis par Romain