Maçon et Guide de haute-montagne dans la vallée de Briançon, Philippe Giraud est venu étoffer récemment nos équipes de formateurs sur Embrun. Ce maçon au profil atypique a opéré sa mue concernant la maçonnerie il y a quelques années, pour se tourner exclusivement vers les matériaux et techniques écologiques. Il nous en dit un peu plus…

Bonjour Philippe, est-ce que tu peux revenir sur ton parcours d’artisan ?
- J’ai fait un apprentissage en maçonnerie aux Compagnons du devoir et puis j’ai passé mon exam de guide un peu après. Après avoir arrêté un temps la maçonnerie, j’ai repris il y a 20 ans environ en micro entreprise. Je faisais principalement de la maçonnerie conventionnelle à base de bêton.
- Et il y a quelques années, une rencontre a totalement changé mon approche du bâtiment et ma pratique de la maçonnerie. Gabriel Léon, autodidacte en maçonnerie, m’a fait découvrir la maçonnerie traditionnelle, les matériaux écologiques et biosourcés ainsi que la construction à bas carbone. C’est vraiment lui qui m’a amené à ça, de par sa passion des matériaux et des savoir-faire manuels. A ce moment, j’ai changé de métier pour ainsi dire et j’ai quitté la maçonnerie conventionnelle.
Vous travaillez ensemble aujourd’hui ?
- Tout à fait ! En fait, on a monté la Scop Eco bâtir sur Briançon il y a 4 ans. On est spécialisé sur l’isolation en bêton de chanvre projeté, les enduits chaux-terre et la construction écologique plus généralement. Nous sommes 5 associés aujourd’hui.





Quels types de chantiers faites-vous ?
- Des maisons complètes, des ITI, ITE, du carrelage et de la faïence aussi… on fait pas mal d’aménagement intérieur également, principalement aux alentours de Briançon et de la vallée de Serre-Chevalier.
Peux-tu nous en dire un peu plus sur le mode constructif de maisons isolées en chaux-chanvre projeté ?
- Il s’agit de maison poteaux-poutre et ossature bois sur lesquelles nous projetons un enduit chaux-chanvre de 36 cm ! Nous collaborons avec une autre scop du Briançonnais pour la structure des maisons ; les Mangeurs de bois. Sur ce type de procédé, le lien maçon-charpentier doit être assez fort car la façon de réaliser l’ossature doit être prévu en amont pour une projection de chaux-chanvre.
- Nous utilisons une machine de la société AKTA, l’inventeur est Laurent Goudet (Construire en chanvre). La construction chanvre a fait l’objet d’une normalisation au CSTB, ce qui permet de répondre aux marchés publics.
- Cette machine est très intéressante car on projette à sec en quelque sorte ou en tout cas avec peu d’eau ; il y a très peu de perte et on peut réutiliser ce qui tombe au sol. C’est très économique. Avant nous louions la machine mais nous sommes en train d’en acheter une que nous avons fait créer par la société AKTA.




Et d’un point de vue éthique, quel est ta position par rapport à l’utilisation du béton ?
- Honnêtement, on essaie de s’en passer le plus possible quand d’autres modes constructifs sont plus pertinents. Par exemple pour les dalles et les chappes, on essaie d’utiliser du liège et on réalise des dalles à base de chaux. Maintenant, je ne suis pas anti-bêton. C’est un excellent produit pour certaines applications mais pas pour tout. A mon avis, c’est surtout l’usage qu’en a fait l’industrie qui est très mauvais. De notre côté, on l’utilise pour ces qualités, c’est-à-dire les fondations et après on utilise d’autres matériaux : bois, terre, chaux, chanvre …
Tu m’as parlé d’un autre projet au sein de votre scop en ce moment ?
- Oui, nous sommes en train de réfléchir au remplacement des plaques de plâtre (type placo) en cloison et aménagement intérieur. Un process inventé en Bretagne permettrait de fabriquer des plaques de bêton végétal, un peu à la façon des plaques de béton cellulaire. On étudie ça en en ce moment. Cela éviterait les colles etc…




Comment est venue la rencontre avec le Gabion ?
- Et bien ça s’est fait par l’intermédiaire d’une autre formatrice, Myrtille Koch que je connais. Il y a un an et demi, elle m’avait informé que le Gabion pouvait rechercher un maçon pour animer certains modules de ses formations OPRP et MTC et intervenir sur la maçonnerie traditionnelle et conventionnelle. J’interviens sur les modules : Arcs, voutes et coupoles ainsi que sur le module confection de dalle avec toujours ce souci que le béton est ok mais qu’il faut savoir s’arrêter et ne pas tout faire avec : le tout est de mettre les bons matériaux, au bon moment !
Que retires-tu de cette expérience d’enseignement au Gabion ?
- Déjà, une forme de fierté car le Gabion est une association connue et réputée dans le domaine de la formation et de l’écoconstruction. Ensuite, j’avoue que j’aime bien l’ambiance qui règne au sein de l’association, des permanents et du bureau. Cette expérience est très positive et me conforte encore un peu plus dans ma décision prise il y a 5 ans de changer de façon de voir le métier de maçon.
- Le relationnel avec les stagiaires est le plus souvent excellent… J’adore apprendre, confronter, expliquer…. Pour moi, le Gabion a un intérêt énorme car il transmet une certaine philosophie du bâtiment auprès de personnes qui vont aller diffuser ces bonnes idées un peu partout en France
Propos recueillis par Romain